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Editorial de KILEBA POK-A-MES : Un compromis même bancal pour sauver la nation

Editorial de KILEBA POK-A-MES : Un compromis même bancal pour sauver la nation

L'auteur critique les violences survenues lords des manifestations contre le projet de révision ou de changement de la constitution en RDC. Il dénonce la banalisation des pertes humaines ainsi que les accusations du pouvoir selon lesquelles les opposants auraient simulé les violences. Selon lui, le débat constitutionnel est crucial pour l'avenir du pays et ne doit pas être réglé par la répression, le mensonge ou la probagande.

Le débat sur la Constitution (révision ou changement) s’est transporté à Bujumbura après avoir conduit, vendredi 12 juin, à des violences meurtrières entre les partisans de l’opposition C64 et les forces de l’ordre appuyées par la force du progrès, une milice de l’UDPS. Au moins deux personnes avaient été fauchées, toutes de l’opposition et on y avait compté de nombreux blessés, loin de la vingtaine avancée par le gouvernement provincial de Daniel Bumba, le gouverneur déplumé et gouverné de la ville de Kinshasa.

Parmi les blessés civils, plus de cinq, figuraient effectivement des leaders de l’opposition qui font aujourd'hui partie de la délégation partie au Burundi. Mais pour passer ces morts et blessés par pertes et profits, la majorité Union sacrée avait pourtant vite fait de créer la fable du "sang de chèvre" et de la "sauce tomate" dont se seraient aspergés des leaders de C64 pour émouvoir l’opinion nationale et internationale.

La magie de la technologie aidant, la fable récitée par la vice-ministre de l’Intérieur Tshela Kamba, a séduit Augustin Kabuya et fait l’effet dans les parlements-debout qui s’en hardissent sur les réseaux sociaux. Mais à l’ère de l’IA, même celle-ci s’étonne de ce qu’elle ne soit pas à mesure de générer une telle stupidité à faire avaler au plus cancre de l’ esprit humain. Pourtant, la scène supposée de l’aspersion du sang animal a remis en surface des esprits chagrins de la rhétorique maximaliste du pouvoir jouissif qui ne rêvent que de gouverner encore longtemps sur la dépouille du Congo qui continue de fondre, comme neige au soleil, sous les effets conjugués de la mal gouvernance de ses enfants et de la convoitise de ses voisins.

Ceux-ci alliés à ceux-là, tous obnubilés par la soif inextinguible de la volonté de puissance et d’un pouvoir éternel, sont entrés en délire et ne font plus preuve d’aucune retenue au point de considérer leurs compatriotes à l’opinion divergente, comme des animaux de la basse cour dont le sang versé ne  mérite que mépris et raillerie acerbe. C’est sur ce terreau du déni et du mensonge,   voire de la calomnie, que risquerait de se jouer l’avenir de tout un pays.

A la faveur de ces violences gratuites et pourtant évitables si tant est que le débat sur nos choix requiert sérénité, toutes les âmes damnées du régime d’hier qui ont fait la transhumance vers le régime d’aujourd'hui, ont même le toupet de se gargariser de leçons de démocratie à donner aux manifestants. Si certes, l’opposition C64 n’aligne pas dans ses rangs que des hommes d’une probité morale éprouvée, l’opposition d’hier devenue pouvoir d’aujourd'hui, fait plutôt preuve de cynisme clownesque, voire dantesque puisqu’elle sombre dans la banalisation du crime et de la vie humaine.

La politique peut être mise en scène, donc théâtralisation des émotions et des actions mais la vie humaine, elle, n’est pas un théâtre que des metteurs en scène indélicats et même incompétents dans l’art, peuvent donner et retirer au gré de leurs sentiments. Un mort est un mort. Ni le pouvoir ni l’opposition, ni la police ni la force du progrès, personne ne peut le simuler ni le dissimuler, comme dans un jeu de cache-cache d’enfants insouciants ou comme dans un jeu de colin-maillard.

Le débat sur la Constitution ne peut relever de la capacité des uns et des autres à manier la machette et à se faire peur sur un terrain vague, un jeu arbitré par la police, elle-même partie prenante. L’enjeu du débat en cours dans le pays et qui pousse une  partie de l’opinion à se lever pour crier son refus, dépasse le simple niveau d’être pour ou contre. Le manichéisme de celui qui n’est pas avec nous est contre ńous, cesse de fonctionner pour se soumettre à la complexité d’un choix qui implique le passé, le présent et le futur d’une nation.

 Car il ne suffit pas de décréter par une phraséologie juridique que le pays est passé de la 3ème à la 4ème République pour que cela advienne et fonctionne. Encore faut-il, par la conscience appropriée de cet acte, sécréter la substance nécessaire à un tel avènement. La majorité Union sacrée qui se donne tous les moyens dus et indus de faire renaître la République en s’appuyant sur des institutions dont on sait que de nombreux "élus" ont été générés par des algorithmes informatiques de la machine à voter, sont-ils prêts à se saborder pour permettre à la nation de se régénérer par la vérité et l’éthique?

 On note que tous les fruits défendus d’hier qui ont pourtant constitué les plats de résistance de l’UDPS : désobéissance civile, manifestation de rue, critique acerbe du pouvoir, ville morte, dénonciation de la corruption et du détournement des deniers publics, etc, tous ces fruits défendus de la dictature d’hier le sont encore aujourd'hui sous le régime Tshisekedi ? La tentation était très forte pour l’opposition d’hier de défier l’autorité, au nom de la démocratie. La tentation est encore plus forte aujourd'hui de réprimer la même expression démocratique. Sauf quand il s’agit pour soi-même de coller des noms d’oiseaux et d’animaux à d’autres dans cette quête à mort d’une nouvelle Constitution.

 Ici même, nous écrivions le 3 juin dernier que pouvoir et opposition en étaient désormais au point d’équilibre qui est un point d’intersection. A ce point, il n’y a de choix que de se regarder les yeux dans les yeux et de se parler. Tout recours à un autre subterfuge est la faute qui nous mènera droit à un autre point d’équilibre, équilibre de la violence celui-là. Le Congo n’en a pas besoin. Il en subit déjà assez dans sa partie Est, avec le Rwanda et son cache-sexe, l’AFC-M23.

Avec l’épisode de la venue des forces politiques de l’opposition et des confessions religieuses à Bujumbura, ne peut-on pas croire que désormais pouvoir et opposition ont compris qu’il n’est point besoin d’escamoter la vérité et de s’installer dans le déni perpétuel? Même si les zélateurs du régime répètent à l’envi que le salut réside dans le changement de la Constitution ou que l’opposition s’offre en bouclier humain pour empêcher tout changement, on est désormais convaincu que demain sera fait de compromis. Même bancal comme l’est tout marché des dupes. Mais un compromis qui sauve l’essentiel.

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Leon Hopay

Administrateur

Passionné par l'actualité et engagé dans la diffusion d'informations vérifiées pour le portail QuotInfo.

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